Vers la fin des URLs ?

Avec Firefox 3, Mozilla a implanté chez une partie des internautes une fonctionnalité qui devrait petit à petit faire passer l’URL comme une information secondaire : l’awesome bar. Barre parce que c’est justement l’habituel barre d’adresse. Ce qui permet de la qualifier d’extraordinaire c’est sa capacité à retrouver un site web dans l’historique où les favoris d’un utilisateur à l’aide de mot présent que ce soit dans l’adresse, mais aussi dans le titre. La promesse derrière cet outil, c’est de retrouver un site non plus en mémorisant son adresse, mais en sondant ses souvenirs sur ce dont la page traitait, et donc la manière dont elle pouvait être titrée.
Vous me direz que Firefox a encore du chemin avant d’équiper une majorité de foyer. Mais Internet Explorer a également contribué à faire de l’URL une notion facultative. En effet, dans sa version 7 (je n’ai pas encore testé IE8), les équipes de Microsoft ont fait le choix de placer en valeur la barre de recherche plutôt que la barre d’adresse. Je n’ai plus assez de doigts pour compter le nombre de fois où un client considérait cet espace de recherche comme l’espace où il devait saisir l’adresse que je lui avait indiquée.
- « Non, monsieur, il me dit qu’il ne trouve pas. Vous êtes sur que c’est ça ?
- Vous avez bien saisi “http://votresite.atester.fr“ dans la barre d’adresse ?
- Oui, c’est ça. Mais Google me dit que ça n’existe pas…
- Google ? »
Pour eux saisir une URL se confond à faire une recherche… On constate également que la différenciation entre le Web et Google est très floue dans la tête de certains utilisateurs. Avec une recherche rapide, puissante et pertinente, l’internaute peut se détourner des adresses. Cette tendance ne va que s’accélérer quand on regarde de plus près l’awesome bar. Elle permet de définir des raccourcis textuels pour les moteurs de recherche. Si par exemple, j’attribue à Google la lettre g, la simple saisie de “g roller“ m’amènera à la page de résultat de google pour roller. Idem pour le moteur de recherche du site leconjugueur.com qui est paramétré sur le raccourci lc, une saisie de “lc comprendre“ me permettra d’accéder directement à la conjugaison du verbe comprendre. Demain, l’internaute se suffira d’une seule barre qui centralisera à la fois la recherche, les favoris, l’historique, les adresses. On comprend qu’avec une tendance de ce type l’URL se fasse toute petite dans les années qui viennent.
On peut également se pencher sur les nouvelles manières d’accéder à ses services en ligne. Plusieurs tendances du Web placent l’URL au second plan dans l’accès à l’information. L’agrégation de contenu centralise à une adresse unique toutes ses sources habituelles d’information. Beaucoup de services web proposent d’accéder à leur contenu via un client riche, et donc via une application et non un navigateur. On peut citer twhirl, qui dans une seule interface permet d’utiliser des services tels que seesmic, twitter, friendfeed, etc. Il y a également une autre technologie Mozilla qui va dans ce sens : Prism. Cet outil permet en quelque sorte d’encapsuler un site web dans une application à part entière et d’offrir par exemple à son application en ligne d’avoir son lanceur sur le bureau, son interface particulière et notamment de masquer la barre d’adresse…
Je fais parti de ces utilisateurs encore habitués à utiliser l’URL. Il m’arrive encore d’accéder à des pages précises d’un site en saisissant l’adresse complète. L’adresse d’un site Web garde également un fort intérêt pour le référencement. Si il est certain que cet outil ne disparaîtra jamais (il est à la base du Web : des informations accessibles à des adresses précises et reliées entre elles), l’utilisation grand public du Web devrait rapidement s’en affranchir. L’URL disparaissant petit à petit de leur usage d’Internet. Il ne restera plus que les professionnels et les internautes produisant du contenu pour se souvenir ce que ces trois lettres signifient.
